Deleuze/Derrida: la doublure de la différance

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Abstract
Les pensées de la différence selon Gilles Deleuze et Jacques Derrida se touchent dans leur sujet même, le Sujet qui « fait des histoires et des scènes » construisant le même système différentiel, le monde. C’est ce qui assure une sorte de continuité entre les deux philosophies. Concernant les « thèses » il n’y a aucune différence entre Deleuze et Derrida. Et pourtant, ils ne se laissent pas unir dans une seule et même philosophie de la différence. Les deux histoires ne se laissent pas identifier dans un seul et même discours, elles exigent deux discours différents. Leur Sujet se raconte de deux façons, se joue sur deux scènes parallèlement, alternativement – cela relève d’une différence minime, différence de genre, de style, de geste, qui pourtant change tout. Penser pour Deleuze consiste à entrer dans le jeu, dans l’acte de la différence, à « faire la différence » – pour Derrida c’est comprendre la différence. Une philosophie comme celle de Derrida suspend les philosophies comme celle de Deleuze – une philosophie comme celle de Deleuze ne prend pas au sérieux une philosophie comme celle de Derrida. Leurs pensées s’excluent réciproquement tout en faisant signe l’une vers l’autre - comme le dirait Derrida : selon un certain graphique de la supplémentarité. Renverser le platonisme : changer son ontologie « en hauteur » pour une ontologie « en profondeur » , c’est un jeu immanent de l’ontologie. Le renversement deleuzien du platonisme est de se déplacer insidieusement en lui, mais aussi de se décaler légèrement par rapport à lui, lui ouvrir la porte, y instaurer une autre série de pensée divergente, constituer un para-platonisme, en d’autres mots : le déconstruire. L’effet en sera, selon Foucault, un « Theatrum Philosophicum » de fantasmes, de simulacres, d’événements, d’effets corporels où Freud et Artaud entrent en résonance même en s’ignorant. Derrida joue un tout petit peu différemment, du dehors, ou plutôt à la limite de son dehors. Si on se sert de l’allégorie de Rodolphe Gasché : Derrida s’installe au bord de la réflexion, dans le tain du miroir – on peut dire alors que Deleuze se déplace dans le miroitement, entre les images reflétées. Ils tiennent tous les deux, chacun à leur manière, à la limite de la réflexion, limites internes et externes. L’exemplarité de la relation Deleuze/Derrida réside en ceci : c’est une image de la doublure en soi de la pensée qui tente ses limites. Elle « illustre » la doublure inévitable de la pensée – doublure qui, par ailleurs, appelle à la déconstruction et à son mimétisme.
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